22 avril 1916 - Mourir dans la boue

A Verdun, on meurt sous les obus, sous les balles, de maladie ... mais aussi de la boue qui prend les corps et se referme sur eux sans qu'il soit possible de s'en extirper. Durant cette marche de la nuit du 22 avril ce fut le cas pour deux fantassins du 30ème.

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Louis Corti, soldat du 30ème, a laissé, en cette journée du 22 avril 1916, ce terrible témoignage :

"Il a plu et la boue a envahi tout le secteur. Cherchant un abri, un homme s'est jeté dans le boyau, et la boue est aussitôt montée jusqu'à sa ceinture.
Il demande de l'aide ; 2 hommes lui ont tendu leurs fusils, mais ils ont glissé et vite, ils ont repris place dans la colonne qui passe tout près, sourde aux supplications de l'enlisé qui s'enfonce, sans secours.
Car on meurt de la boue comme des balles. Des blessés sont engloutis dans ce marais perfide. Ici, c'est la boue qui obsède, la boue glissante et liquide, l'affreuse boue Meusienne soulevée, piétinée, tassée par des centaines de milliers d'hommes, de chevaux, de voitures.
Une mer de boue jaune qui pénètre jusqu'à la peau, elle réussit à se glisser sous les planches et les couvertures. Nous vivons sous la boue, nous voyons de la boue partout, et des cadavres, des cadavres, et encore de la boue, et encore des cadavres. On a appris à vivre dans la terre avant de mourir.
"

 

Quelques images du documentaire "Apocalypse" décrivent cet enfer de boue.