3D7 - Le Président Félix Faure à Moûtiers

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Dans le dossier 3D7 (Administration générale de la commune) il y a des pièces qui s'échelonnent de 1826 à 1901 dont un sous-dossier daté de 1897. Dans celui-ci une grande affiche (correspondant plus ou moins à notre actuel format A0). En très grosses lettres : "FÊTE A L'OCCASION DU PASSAGE DE M. LE PRÉSIDENT DE LA RÉPUBLIQUE". Les samedi 07 août et dimanche 08 août sont concernés par cette fête.

En 1897, le Président de la République est Félix Faure ; nommé le 17 janvier 1895, il décédera, on le sait, en plein travail, le 16 février 1899 d'une épectase foudroyante.

Nous empruntons d'abord quelques lignes à Jacques Leleu, journaliste au Dauphiné Libéré pour planter le cadre de ce voyage :

"L’altitude lui fouette le sang. Et les sens. Le président Félix Faure est en pleine forme quand il débarque en Savoie ce 5 août 1897. Sans se douter qu’il vient y mener une mission à haut risque. Elle lui sera fatale deux ans plus tard.

Arrivé à l’aube par la gare de Modane, le chef de l’État est venu passer en revue les troupes alpines. L’Italie se fait menaçante avec ses milliers de militaires déployés de l’autre côté de la frontière. La France a réagi en formant une troupe de montagne aguerrie.

Félix Faure veut voir de près ces solides gaillards qui constituent les 12 bataillons de chasseurs alpins, créés neuf ans plus tôt. Il découvre aussi d’impressionnantes pièces d’artillerie tirées par les mulets. Du gros calibre.

L’érection d’une plaque pour rappeler les “exploits” du chef de l’État

Le cortège gagne Termignon, passe le col de la Vanoise et redescend sur Pralognan dans la liesse générale. La foule accueille le président entouré des ministres de la Guerre et du Commerce et d’une nuée de journalistes. Les cérémonies s’éternisent et l’invité d’honneur commence à s’ennuyer.

Mais la vie est bien faite. Marguerite Steinheil aussi. Félix Faure en oubliera vite les grandes manœuvres à la seule vue de l’élégante rousse venue à sa rencontre. Il poursuivra sa mission d’inspection dans l’hôtel du Petit Mont-Blanc. Idéal pour donner l’assaut. Au pied de la pointe du Dard, le Président redouble de vigueur.

L’hôtel devenu aujourd’hui le Club Vacanciel n’a pas retenu dans quelle chambre Meg – c’est son petit nom – et Félix s’étaient livrés à un combat au corps à corps. Pas un mot dans la presse, pourtant venue en nombre. Elle préférera saluer la liesse provoquée par la visite du chef d’État, qui donnera son nom au refuge du col de la Vanoise. Elle évoquera aussi l’érection… d’une plaque rappelant ses “exploits”.

Entre Félix et Meg, c’est du sérieux. La jeune femme de 28 ans en a déjà épuisé plus d’un, mais l’ardent chevalier de la Légion d’honneur n’a pas peur de livrer bataille. Et de repartir à la charge à Chamonix où le voyage se poursuit.

De retour à Paris, comment faire pénétrer discrètement sa nouvelle maîtresse à l’Élysée ? En invitant tout simplement son mari avec elle. Voilà Adolphe Steinheil devenu peintre officiel de la présidence.

Le peintre pompier n’est pas regardant. Il saura fermer les yeux jusqu’au dernier combat. Le 16 février 1899, Félix est retrouvé mort dans les bras de Meg. Nom d’une pipe !

« J’ai toujours entendu raconter cette histoire », s’amuse le guide Jean-Pierre Blanc. « On la retrouve aussi résumée dans la plaquette du club Vacanciel. Mais avec le temps, les gens commencent à l’oublier. » Pralognan avait déjà sa route du sel. À quand le chemin du septième ciel ? "

En cette fin du 19ème siècle, nous avons la chance d'avoir de nombreuses photographies qui nous montrent le déploiement de l'Armée des Alpes dans le massif de la Vanoise.

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Le Président de la République arrive à Moûtiers, de Pralognan-la-Vanoise, le samedi 07 août 1897, sous la pluie. Avant de quitter Pralognan, les journaux nous disent que le Président avait été obligé de prendre deux bonnes heures de repos, pour le contenu de celles-ci on peut lire plus haut l'article de Jacques Leleu. Le Président est ensuite monté dans un landeau attelé de quatre chevaux fournis par l'artillerie ; un peloton de dragons escortait le véhicule présidentiel (militaires à cheval).

Toute la ville de Moûtiers a été pavoisée avec de nombreux sapins pris dans les forêts de Moûtiers, Saint-Marcel et Feissons-sur-Salins. Pour donner de la couleur, on y a mêlé des branches de sorbiers et des chardons bleus. A la nuit tombée, l'on allumera de nombreux lampions dans les rues de la ville.

Le Président de la République, accompagné du Ministre de la Guerre, le Général Jean-Baptiste Billot, du ministre du Commerce, de l'Industrie et des Postes et Télégraphes, Henry Boucher, et de pas moins de 7 généraux et de nombreux officiers, se rend à la Sous-Préfecture où l'attendent le Préfet de la Savoie et le Sous-Préfet de Moûtiers. Deux délégations sont réunies : l'évêque, Monseigneur Bouvier, et une partie de son clergé et, le maire, l'avocat Émile Reyne [maire de 1896 à 1900] et son conseil municipal. L'évêque et le maire prononcent quelques mots avant que le Président adresse des remerciements.

Le lendemain matin, le Président de la République et sa suite quittent Moûtiers à 5 heures en direction du Petit-Saint-Bernard. Ils rentreront à Moûtiers le soir même, toujours sous la pluie. Un repas auquel l'évêque avait été invité devait clore cette journée.

Le lendemain matin, le Président prenait le train pour rejoindre Chambéry.

La commune avait provisionné la somme de 500 francs pour cette réception présidentielle (environ 100 jours du salaire d'un ouvrier spécialisé). Le coût final fut de ... 2 387 francs et 70 centimes. La délibération finale (13 novembre 1897) prend de nombreuses précautions pour expliquer que l'urgence de la situation n'a pas permis de procéder aux voies ordinaires de l'adjudication. Mais l'on ajoute : "considérant d'autre part que tout le monde a pu se rendre compte de la parfaite réussite des fêtes et que Monsieur le Président de la République a bien voulu en témoigner sa satisfaction".

 

 

 

 

 

Ce que les Archives communales ne nous disent pas, c'est de savoir si la belle Marguerite Steinheil, présente à Pralognan-la-Vanoise, le fut aussi à Moûtiers ? Même un Président de la République a droit à une vie privée !

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