La place des Victoires

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Place des victoires

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25 novembre 2014, 204 ans après la plantation de l'époque napoléonienne, l'inauguration du lutrin.

Le 25 novembre 1627 des clarisses arrivant de Chambéry s'établissent à Moutiers. Les six premières religieuses s’installèrent d’abord dans une maison du Pré commun d’alors, c’est-à-dire le Pré de Foire qui n’était pas celui que beaucoup de moûtiérains ont connu mais son ancêtre situé sur l’actuel Square de la liberté.  
La petite communauté prenant de l’ampleur, les religieuses s’établirent ensuite dans un vaste couvent, avec son clos et ses dépendances, occupant la superficie actuelle de la Maison de la Coopération Intercommunale (ancien Palais de Justice) et de la Place des Victoires. Ainsi naquit la rue Sainte Claire qui allait de la porte Saint Alban (avenue de la Libération aujourd’hui) à la place du Petit Four (place de l’ancienne Mairie aujourd’hui). Elle est devenue la principale partie de la rue Sainte Marie.
Les religieuses clarisses, dont le nombre a varié, selon les époques, de 15 à 35, partageaient leur temps entre la vie contemplative et des œuvres d’éducation. Au début du 18ème siècle, leur couvent abrite un petit collège pour les filles – un tel établissement n’étant pas monnaie courante à cette époque.
Le couvent devait être agréable à vivre puisque le clos (notre actuelle Place des Victoires) ne comptait pas moins de 85 arbres fruitiers et 180 ceps de vigne. Signalons cependant que ce jardin d’Éden avait son revers de la médaille : situé en bordure de l’Isère à une époque où notre torrent connaissait des crues spectaculaires, il n’était pas toujours de tout repos de vivre en ce couvent. A plusieurs moments de leur histoire les religieuses durent trouver refuge dans le château des Du Verger, tout proche mais cependant mieux protégé des eaux tumultueuses.


La Révolution chasse les religieuses de leur couvent et une partie de celui-ci est vendue à des particuliers comme bien national, d’autres éléments deviennent la prison, d’autres encore un hôpital militaire avant de devenir la boucherie, c’est-à-dire les abattoirs municipaux.
La Restauration (1815) va voir la garnison piémontaise s’installer dans les locaux alors que la chapelle devient … une auberge. Les voyageurs du 19ème siècle racontaient d’ailleurs qu’un aubergiste ayant la vocation d’un guide du patrimoine aimait à descendre ses hôtes dans une cave où il conservait ses meilleures bouteilles et qui n’était autre que l’ancien caveau des abbesses des clarisses. Du caveau à la cave, il est vrai qu’il n’y a qu’un petit voyage de quelques lettres !


L’évolution la plus intéressante est sans doute celle du clos qui devient la  première place publique moûtiéraine, notre Place des Victoires dont le nom complet est Place des Victoires Napoléon, entièrement consacrée à la détente et au bien-être des habitants.
C’est le 25 novembre 1810, jour de la sainte Catherine, où comme chacun sait, tout arbre prend racine, que l’on a planté quelques arbres sur cette nouvelle place. Georges Antoine Gabet, Garde Général Impérial des Eaux et Forêts prononça un discours au style pour le moins emphatique mais qui nous donne les raisons de cette plantation :

«  Habitants de Moûtiers, dignes descendants des Centrons et des vaillants Allobroges, vous vous rappellerez, et raconterez à vos enfants, et à vos arrières petits enfants, que ces arbres plantés sur cette place dite des Victoires Napoléon, par ordre et au nom de l’administration forestière, l’ont été en mémoire du mariage de Sa Majesté l’empereur et roi, avec Marie Louise d’Autriche, le sont aussi en ce moment pour témoigner votre allégresse de l’heureuse grossesse de sa Majesté l’Impératrice.
Puissent les dignes rejetons du Grand Napoléon, premier empereur des français, étendre leur bienfaisance et leur bonté sur leur peuple, comme les branches de ces arbres les étendront sur le paisible habitant de cette vallée, lorsqu’il viendra s’y promener et s’y reposer de ses fatigues.

Ces arbres vous rappelleront sans cesse les victoires du pacificateur de l'Europe et sa bonté pour les peuples.
« Ils vous rappelleront aussi qu'il a tiré le peuple français de l'anarchie.
« Qu'il a rétabli les cultes et la religion de nos pères.
« Qu'il a mis son armée sur un pied respectable.
« Qu'il a remis la subordination parmi les troupes.
« Qu'il a fait restaurer les ponts et les chemins.
« Qu'il a créé et fait refaire de nouvelles routes et des canaux pour le bien et la commodité des voyageurs et la prospérité du commerce.
« Que rien n'échappe à sa vigilance, que tout en conduisant ses armées triomphantes au dehors, il s'occupe de l'amélioration de l'intérieur de son empire.
« Qu'il est aussi bon financier et jurisconsulte éclairé qu'il était habile général.
« Vive l'empereur, vive l'impératrice Marie-Louise ".


Le chanoine Du Verger, dans son Journal, à la date du 25 novembre 1810, nous donne un commentaire nettement moins enthousiaste - tout projet a ses détracteurs :


 « L'on a commencé la plantation des arbres à la place du ci-devant Clos des Religieuses de Sainte Claire de la ville de Moûtiers. Cette plantation, c'est a dire des deux premiers arbres, s'est faite avec une espèce de cérémonie : pendant qu'on les plantait, la Garde Nationale a joué, et il y avait un concours de monde.
 Cette place quoique petite sera assez agréable, mais il y a à craindre qu'elle ne donne du profit aux dentistes à cause de l'ombrage des arbres, et de sa situation proche de l'Isère, sur un terrain assez humide par lui-même. »

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C'est en 1910, le 22 décembre, un siècle après la plantation, que le Conseil municipal a autorisé, lors des foires et marchés, les forains et marchands de la ville a installé leurs étalages sur la place. Pendant plusieurs décennies, le grand marché de Moûtiers fut celui du lundi qui fut ensuite déplacé au mardi. Signalons enfin que le kiosque à musique fut édifié en 1957.

Aujourd'hui il reste trois platanes de 1810 qui sont donc plus que bicentenaires.