L'ancienne Mairie

 

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De l’administration sarde à l’administration française.

C’est vers 1820 que l’extrémité de l'ancien bâtiment du Collège Royal, qui s’étendait jusque vers l’actuelle Place Aristide Briand, va devenir la Mairie ou plutôt la « maison de ville » comme l’on dit alors ; le mot « mairie » n’étant en effet utilisé que depuis la Réunion de la Savoie à la France en 1860.

Dans les dossiers consacrés aux travaux, on peut retrouver quelques dates concernant les transformations. Le 21 novembre 1818, les entrepreneurs Paday et Villiod soumissionnent pour des travaux à exécuter au bâtiment de l'ancien collège, situé à Moûtiers, rue Sainte-Claire, pour y établir les archives et le bureau d'insinuation. Un procès-verbal de réception d'œuvre est daté du 8 septembre 1821. On remarquera que sur la porte d'accès de ce bâtiment la date de 1820 est inscrite dans une grille de fer.

 

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Un devis des nouvelles archives de la ville est réalisé en 1822, ainsi qu’un devis complémentaire de l'architecte Tardieu - en 1823. Il mentionne les travaux restant à faire à la nouvelle maison de ville, située place de l'ancien collège, rue Sainte-Marie. Un deuxième étage est érigé en 1830. C'est donc bien une nouvelle « maison de ville » qui se met en place au fil des travaux qui sont exécutés tout au long d'une décennie.

Cette mairie est la deuxième, sinon par le nom, tout du moins par la fonction. Le premier lieu avait été l’hospice Saint-Antoine, au bas de la Grande-Rue, qui comprenait, jusqu’à la Révolution, la salle des délibérations et la salle des archives. Cette seconde « mairie » va donc voir le passage de l'administration sarde à l'administration française. Ce changement va occasionner bien des projets chez les édiles moûtiérains, qui espèrent beaucoup en la France pour financer tout cela. Mais, les projets étant restés à ce stade, c’est seulement en 1911 qu’une solution va être envisagée pour trouver des locaux plus dignes pour la Mairie de Moûtiers. La Séparation des Églises et de l’État va en effet permettre à la commune d’installer l’hôtel de ville dans l’ancien archevêché, Place Saint-Pierre. Après des travaux, elle sera en fonction de 1913 à 1934.

Les Maires de Moûtiers (période française) qui ont présidé le Conseil municipal dans cette Mairie :

Mayet Maurice (1801-1863) Avocat. Maire de 1860 à 1863.

Gonthier Auguste (1822-1904) Notaire et banquier.  Maire de 1863 à 1870.

Jacquemoud Jean-Antoine (1806-1887) Médecin. Président de la Commission municipale de 1870 à 1871.

Compagnon Julien (1818-1889) Orfèvre.  Maire de 1871 à 1874 et de 1876 à 1889.

Desforges Joseph César (1806-1880) Percepteur. Maire de 1874 à 1876.

Jarre Charles Alexis (1835-1909) Avoué. Maire de 1889 à 1896.

Mayet Daniel (1815-1900) Avoué et Juge. Maire en 1896.

Reyne Émile (1835-1907) Avocat. Maire de 1896 à 1900.

Jarre Alexis Julien (1823-1904) Avocat. Maire de 1900 à 1901.

Crud Joanny (1851-1907). Droguiste. Maire de 1901 à 1904.

Gerfaux Victor Prosper (1867-1942). Avocat. Maire de 1904 à 1908.

Donnet Gabriel (1870-1944). Brasseur. Maire de 1908 à 1922 et de 1928 à 1941.

 

Même si l’on a beaucoup moqué cette mairie dans les dernières décennies de son existence tant l’état de délabrement s’était accentué, elle a pourtant été le témoin d’un passage important de l’administration communale sarde (avant juin 1860) à l’administration communale française. Ici ont donc siégé successivement les derniers syndics et les premiers maires de Moûtiers.

De la rue Sainte-Claire à la rue Sainte-Marie

Aux deux extrémités de cette rue, qui a longtemps été la principale artère du quartier en rive gauche (appelé quartier Sainte-Marie), se trouvait un bâtiment religieux. A l’ouest (Maison de la coopération Intercommunale aujourd’hui) le couvent des religieuses Clarisses. Il a fonctionné jusqu’à la Révolution et, à l’est (actuelle Place Aristide Briand), l’église paroissiale Sainte-Marie démolie en 1921-22. Ces deux bâtiments ont successivement donné sa dénomination à la rue : Rue Sainte-Claire dans les documents les plus anciens et depuis le 19ème siècle, rue Sainte-Marie. Non seulement, le long de cette rue, se sont établis le couvent des Clarisses, le Collège Royal, la Mairie du 19ème siècle mais aussi la première maison des Sœurs de Saint-Joseph à Moûtiers, l’école primaire de garçons des Frères de la Croix et le « petit four » où les boulangers de la rive gauche venaient faire cuire leur pain sous la surveillance d’un fournier. 

Y a-t-il toujours eu des maires ?

Les riches archives communales moûtiéraines montrent que cela fait très longtemps qu’un Conseil gère les affaires communales. Dans un document de 1278 on cite le nom de deux habitants de Moûtiers qui représentent les autres habitants. Ce sont peut-être bien les ancêtres des maires et adjoints d’aujourd’hui. Jusqu’à la Révolution le terme qui est employé en Savoie est celui de « syndic » pour désigner celui ou ceux qui sont à la tête du Conseil communal ; lorsqu’il y en a plusieurs c’est un peu la même chose que les maires actuels qui ont des adjoints. C’est ce même terme de syndic que l’on réutilisera entre 1815 et 1860. Donc, bien qu’il y ait une très longue tradition communale, les premiers « maires » de Moûtiers furent ceux qui gérèrent la commune durant la Révolution : Michel Guméry et son successeur Philibert Amédée Greyfié. Citons enfin Maurice Mayet qui fut le dernier Syndic jusqu’au 24 novembre 1860 et le premier Maire français à compter de cette date.

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Le Maire aux 3 mairies :

Gabriel Donnet a effectué 27 ans de mandat en tant que maire et il a siégé au Conseil environ 40 ans. Il a donc commencé sa carrière municipale dans la vieille mairie de la rue Sainte-Marie, a négocié avec l'État l'installation dans l'ancien archevêché et il a tenu un rôle majeur dans la construction de l'actuelle mairie.

 

Gabriel Donnet est né à Genève en 1870. Son grand-père avait ouvert à Moûtiers une brasserie qui fonctionnera jusqu’à la Première Guerre mondiale. L’entreprise familiale se poursuivra par la vente de vins et autres boissons.

Gabriel Donnet va marquer la vie municipale moûtiéraine durant la première moitié du 20ème siècle. Il est élu en 1904 (son père l’avait précédé au Conseil pendant 26 ans, de 1878 à 1904). Il siègera pendant plus de 40 ans, sans discontinuité, exerçant plusieurs mandats de maire (pendant près de 27 ans). Gabriel Donnet sera également Conseiller général du canton de Moûtiers de 1919 à 1931. Avec le sénateur Émile Machet, maire et Conseiller général de Bozel, il sera à l’origine de l’association des maires de l’ancien arrondissement de Moûtiers. Proche d’Antoine Borrel, il partagea avec celui-ci de nombreuses convictions. L’activité professionnelle de Gabriel Donnet l’amènera à siéger à la Chambre de Commerce et d’Industrie de la Savoie dont il sera Vice-Président de 1928 à 1943.

La liste des réalisations effectuées pendant les 27 ans de mandat de maire de Gabriel Donnet est longue. On peut noter qu’il eut l’initiative de la construction de l’actuel Hôtel-de-Ville qu’il devait inaugurer le 24 juin 1934. Gabriel Donnet est décédé le 16 novembre 1944, deux mois après avoir été nommé au nouveau Conseil municipal par le Comité National de la Libération, secteur de Haute-Tarentaise. Gabriel Donnet était chevalier de la Légion d’Honneur.


 

Le compositeur Gustave Michiels avait écrit pour Paul Bourgès, sur des paroles de Gil  : Dans l'fiacre 113. Dans la revue moûtiéraine de 1894 intitulée "Moûtiers ! ... Tout le monde descend !", les chansonniers locaux ont repris cet air alors à la mode et en ont fait une chanson dans laquelle la mairie de la rue Sainte-Marie se lamente sur son triste état.

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La partition de la chanson originale et la page de titre de la Revue moûtiéraine (Imprimerie François Ducloz)

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La complainte d'une vieille Maison de Ville

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Inauguration du lutrin le 17 septembre 2016

 

 

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