L'hydroélectricité

2 lutrins du patrimoine et l'exposition d'une ancienne turbine Francis permettent de créer un parcours de la Place Joseph Fontanet à l'emplacment de l'ancienne centrale électrique.

1895

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04 mai 2016 : inauguration de deux lutrins. A l'entrée de la Rue de l'Électricité, avec le premier lutrin, on peut découvrir une turbine "Francis" et un agrandissement d'une photographie de la centrale prise en 1895.

Rue electricite

De la rue des Moulins à la rue de l’Électricité

Depuis 1896, la petite rue qui fait le lien entre la Place du Vieux-Pont et le chemin des Routes, s’appelle la rue de l’Électricité. Les moûtiérains ont tenu à matérialiser par le nom d’une rue leur fierté à faire partie des villes de France qui ont été électrifiées durant la première décennie à la suite de la commune pionnière de Vizille en 1883. L’électricité a fait son apparition à Moûtiers le 1er novembre 1891 grâce à la force hydraulique.

A cette date, la rue existe déjà depuis fort longtemps, témoin du vieux « Monasterium » (nom médiéval latin de Moûtiers) sous l’appellation de rue des Moulins. En effet, les maisons, construites en bordure de l’Isère, étaient des moulins, « blancs » lorsque l’on fabriquait la farine, et « noirs » pour les moulins à huile. Les moulins qui se trouvaient de ce côté de l’Isère (rive gauche) étaient désignés par le terme de « moulins des Routes (Rottes dans les textes anciens) » et, ceux de la rive droite, étaient les « moulins du Reclus », de l’ancien nom du faubourg qui est devenu aujourd’hui la rue du Pain de Mai.

Le fil conducteur de cette rue c’est donc l’Isère, dont elle épouse le tracé : l’eau a actionné les roues à aubes des moulins, cette même eau a actionné les turbines de la première centrale électrique et c’est sur cette eau que, aujourd’hui, les kayakistes se livrent à leur sport sur le stade de slalom. Moûtiers, traversée de part en part par l’Isère (d’est en ouest) et par le Doron (du sud vers le nord), a une histoire qui est étroitement liée à l’eau : les textes les plus anciens parlent déjà de ponts ; l’eau a été utilisée de multiples manières et il a été nécessaire de composer avec les crues parfois brutales de ces torrents alpins.

Cette rue besogneuse a aussi défrayé les chroniques d’autrefois puisque l’on nous dit qu’elle était la rue « chaude » de Moûtiers, habitée par des dames accueillantes mais de petite vertu.

En vous promenant dans cette rue, vous découvrirez d’anciennes maisons. A l’angle de certaines d’entre elles, il y a toujours les « chasse-roues » qui remettaient les charrettes dans le droit chemin et empêchaient qu’elles ne viennent heurter les murs malgré l’étroitesse de la rue.

La rue des Moulins / de l'Électricité vue par le poète moûtiérain François Arnollet :

«  Midi tout blanc dans la lumière

         Moûtiers dort autour du vieux pont

         Dont la courbe grise confond

         Son ombre à celle de l’Isère.

 

         A gauche étendant sur un fond

         De sapins sa robe claire

         L’immense palais centenaire

         Mire ses tours au flot profond.

 

         A droite étalant sa misère

         Comme un loqueteux vagabond

         La rue des Moulins se morfond

 

         Dans l’ombre immobile et sévère

         Que les vieilles masures font

         En sommeillant au pied du mont ».

La première centrale électrique

Un vieux moulin se trouvait sur la rive gauche de l’Isère. Celui-ci est reconstruit en 1839. C’est un moulin qui est actionné par une prise d’eau directe dans l’Isère et il est utilisé comme moulin « à troliette », cela signifie que l’on fabriquait l’huile pour l’alimentation (huile de noix) ainsi que pour l’éclairage (huile de chanvre). Pour ce type de moulin, on disait également « moulin noir » (à la différence du « blanc » qui fait de la farine).

Le 28 juin 1891, le comte Clériade de Lauzière (originaire de l’Ain) rachète ce moulin pour y construire une centrale électrique « au fil de l’eau », c’est-à-dire sans chute forcée, avec simplement un canal d’amenée d’eau et une chute de 3,50 m portée à 4 m en 1893. La partie technique est confiée aux frères Louis et Pierre Dumont (également originaires de l’Ain).

Les centrales électriques les plus anciennes sont celles de Vizille (1883), Bellegarde (1884, réalisée par Louis Dumont que l’on retrouve à Moûtiers), la Roche-sur-Foron (1885) et Beaurepaire (1886). Celle de Moûtiers est donc assez proche dans le temps de ces pionnières, elle appartient à la première décennie. C’est le 1er novembre 1891, à 17 h 30, que Moûtiers fut éclairée pour la première fois. Au départ, l’éclairage public représentait 80 lampes d’environ 60 watts. Les moûtiérains furent méfiants, puisque figurait dans le contrat l’obligation de rétablir l’éclairage public au pétrole en cas de carence du système électrique. Le contrat portait sur la production d’électricité, l’installation du réseau et la distribution à la commune et aux particuliers. Les compteurs électriques permettant de mesurer la consommation de chacun n’ont été installés qu’une trentaine d’années plus tard. Les premiers contrats se faisaient donc au nombre de lampes présentes dans la maison, ce qui occasionnait des fraudes fréquentes.

En 1920, arrive Clément Château qui achètera l’ensemble des installations en 1924, année où des améliorations vont être apportées de manière à augmenter la production à 200 Kw. En 1932, une nouvelle centrale, plus en amont, est construite pour alimenter l’aciérie nouvellement créée. On n’utilise plus le système au « fil de l’eau » mais les turbines sont mues par une chute forcée de 28 m permettant une production de 4 500 Kw. En 1938/39, Clément Château vend à la société Force et Lumière et, en 1946, arrive EDF qui, par nationalisation, englobe les 1 450 sociétés existant alors sur le territoire national.

Centraleb

La première centrale et Clément Chateau

Clement chateau

Amenagement interieur

La turbine « Francis »

Cette turbine, qui a travaillé dans la première centrale électrique de Moûtiers, est une turbine dite « Francis ». Elle a été donnée à la commune de Moûtiers par les descendants de Clément Château. Une turbine « Francis » est une turbine hydraulique de type « à réaction ». Pour des raisons de commodité, sa présentation actuelle ne respecte pas sa position de travail : c’est une turbine qui fonctionne à l’horizontal, avec donc un axe vertical. Son nom vient de celui qui n’en fut point l’inventeur,  mais qui a popularisé cette turbine, l’anglo-américain James Bicheno Francis. Dans les Alpes, c’est l’entreprise grenobloise Neyret-Beylier, qui s’associera avec  Piccard-Pictet, donnant le sigle Neyrpic, qui a réalisé la plupart des turbines pour les centrales hydroélectriques.

La fée électricité

Les journaux de la fin du 19ème siècle traduisent tout à la fois les inquiétudes et les immenses espérances créées par cette nouvelle énergie. « Le Tarin » de novembre 1891 salue naïvement l’arrivée de l’électricité : « Adieu l’ombre propice aux amoureux, adieu les promenades nocturnes sous les fenêtres de la bien-aimée. C’est fini. Les malfaiteurs également n’y trouveront pas leur compte, il n’est pas possible de tenter une escalade avec un éclairage pareil ! » Au mois de mai 1892, le même journaliste écrira : « On tourne un bouton, tout marche. Par un mouvement inverse, aussi simple, tout s’arrête. Les bonnes fées d’autrefois sont dépassées de cent coudées par cette puissance magique ! »

Les grandes transformations se suivent

En dix ans, entre 1891 et 1901, Moûtiers va voir l’arrivée de trois outils qui semblent bien ordinaires aujourd’hui. En 1891, arrive donc l’éclairage électrique. Au mois de juin 1893, c’est le train qui arrive à Moûtiers grâce aux locomotives à vapeur ; la ville va être le terminus de la ligne de Tarentaise pendant vingt ans. Enfin, en 1901, c’est le téléphone qui vient transformer la vie des moûtiérains. Cette même époque est également marquée par la création de nouvelles rues et places et la construction de bâtiments publics. C’est une période riche mais la Guerre de 1914/1918 viendra ternir cette époque où l’on pensait que le progrès serait sans fin.

Entete lauziere

Isere scierie

Canal d amenee

Face à l'ancienne scierie l'embranchement du canal d'amenée (à droite) et vue de ce canal d'amenée en direction de la centrale

Chemin de montfort

Un couple avec un mulet sur le chemin de Montfort. A l'arrière-plan, la centrale.

Turbine alternateur

Faire de l’électricité avec de l’eau

L'énergie hydroélectrique est une énergie électrique fournie par la force et le mouvement de l'eau (« hydro » signifie « eau »). C’est donc une forme d'énergie renouvelable. L’eau va faire tourner la turbine (principe qui était déjà utilisé pour les moulins à eau avec une roue à aubes). Le mouvement tournant de la turbine va être transmis par un axe à un alternateur.  Un alternateur est composé d'un aimant et d'une bobine de fil de cuivre. Lorsque ces deux éléments se déplacent l'un par rapport à l'autre, l'électricité est produite dans le fil de cuivre. Pour produire de l’électricité, il faut donc un aimant et du fil de cuivre, et un mouvement qui, dans le cas de l’hydroélectricité, est produit par la force de l’eau qui actionne la turbine.

2016 05 06