Le Lycée

Du prieuré médiéval au lycée des Métiers et des Services en Montagne

Une très riche histoire

Nous sommes dans le quartier du Faubourg Saint-Alban. « Faubourg » signifie que nous sommes à l’extérieur du bourg. Lorsqu’il y avait des remparts tout autour de Moûtiers, des portes permettaient l’accès à l’intérieur de la ville. La porte sud devait se situer à l’extrémité de l’actuelle Place des Victoires. Le développement urbain a obligé à construire au-delà des portes et donc hors les remparts, c’est la naissance des faubourgs.

Mais le site a eu une première occupation, les fouilles en témoignent : c’est un cimetière de l’époque romaine et du moyen-âge. C’est assez logique car les Romains avaient pour habitude d’établir les cimetières près des grands axes de circulation mais en dehors des zones habitées. La voie romaine, qui passait par le col du Petit Saint-Bernard, était un axe majeur du franchissement des Alpes. Un texte de 1151 nous apprend qu’un prieuré existait (bâtiment avec une chapelle abritant une petite communauté de religieux ou de religieuses dépendant d'une abbaye et gouvernée par un(e) prieur(e)). Le prieuré est placé sous la protection de Saint Alban (un saint du 3ème siècle, le premier martyr anglais), ce qui va donner le nom du faubourg.

En 1612, les Capucins de la province de Savoie achetèrent ce qui restait de l’ancien prieuré tombé en ruines pour y faire construire un couvent. C’est saint François-de-Sales, alors évêque de Genève-Annecy, qui est venu, en l’absence de l’archevêque de Tarentaise, consacrer la chapelle, le 23 novembre 1614 (une plaque gravée qui se trouve à l’entrée du lycée actuel le rappelle). Les frères capucins ont eu une très importante activité jusqu’à la Révolution qui les a chassés de leur couvent.

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C’est un décret de 1804 qui va transférer dans cet ancien couvent « l’école secondaire de la ville ». Celle-ci va rapidement inclure, outre les différentes classes, un internat qui prend le nom de Petit-Séminaire ; le tout étant confié, sous la responsabilité de l’évêque, à des prêtres diocésains. Ce Collège – Petit-Séminaire va prospérer tout au long du 19ème siècle, il sera même considérablement rénové et agrandi jusqu’aux derniers travaux de 1901.

La Séparation des Églises et de l’État allait ouvrir une nouvelle page dans cette histoire : en 1912, la commune devient propriétaire des bâtiments. Dans la partie nord, on installe l’École primaire de garçons, école laïque, et dans les grands bâtiments, au sud, une « École Primaire Supérieure » qui ouvrira des sections industrielles, agricoles et commerciales. Cette école secondaire sera également appelée collège, lycée et Centre d’apprentissage pour la partie technique.

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Le Collège - Petit-Séminaire dans les années 1880

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L'école primaire de garçons et le collège - lycée à la fin des années 1950

 

Une vue générale de Moûtiers depuis la route des Belleville à la fin des années 1960, qui est intéressante, en particulier, pour son premier plan.

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Les travaux du nouveau collège n'ont pas encore commencé puisque l'on voit bien le parc du château des Du Verger et ceux du nouveau lycée non plus. Collégiens, lycéens et élèves du Centre d'apprentissage, faute de pouvoir tous tenir dans les locaux qui remontent à la fin du 19ème siècle lors des dernières transformations du Petit Séminaire, trouvent place dans les "préfabriqués", ces structures qui s'étendent entre les anciens locaux et quasiment le cimetière. Chaque unité comportait deux classes.

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Ce n'est pas exactement le modèle utilisé à Moûtiers (toit plat)

mais le dessin est approchant quant à la nature de la structure

Changement de décor

L’École primaire de garçons ira s’installer dans l’actuelle École Darantasia à la rentrée 1964. Quant au collège et au lycée, menaçant d’implosion sous la pression démographique, la décision fut prise, à la fin des années 60, de raser les anciens bâtiments et d’investir le côté est de l’Avenue de la Libération en séparant le collège (alors appelée C.E.S) du lycée (comportant un lycée d’enseignement général, un lycée technique et un lycée hôtelier).

C’est le célèbre architecte savoyard Maurice Novarina qui a été l’architecte principal, travaillant sur les projets moûtiérains avec les architectes André Profit et Roger Boulet. Le nouveau collège a ouvert ses portes à la rentrée 1970 et le lycée en 1971 et 72. Comme il se doit, le lycée avait donné lieu à la commande d'un "1 % artistique" qui a été confié à Bernard Alleaume. L’œuvre n’existe plus depuis les importants travaux de restauration et de restructuration réalisés au 21ème siècle par l’Atelier Dujol Architecture, tant au niveau du collège Jean Rostand, qui est le plus important collège de Savoie par le nombre d’élèves, qu’au niveau du Lycée Ambroise Croizat, lycée des Métiers et des Services de la Montagne.

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Maurice Novarina

Ce célèbre architecte né à Thonon-les-Bains en 1907 a été extrêmement productif. Architecte urbaniste (1933-96), Architecte en chef des bâtiments civils et palais nationaux, Architecte en chef de la reconstruction de l’Eure (1947-55), Ancien professeur à l’Ecole spéciale d’architecture et à l’Ecole nationale des beaux-arts, Membre de l’Institut (Académie des beaux-arts) (1979), Membre de l’Académie d’architecture, Ancien président de la revue le Mur vivant. Il est décédé dans sa ville natale en 2002.
Parmi les réalisations de Maurice Novarina l'on peut citer :
bâtiments administratifs ou industriels : Hôtel de ville de Grenoble, Palais de Justice d’Annecy, Palais de la télévision à Riyadh (Arabie Saoudite), centre commercial de Lyon la Duchère, usine Cit-Alcatel à Orléans, immeubles de bureaux à Paris,

Constructions scolaires et universitaires : collège Notre-Dame à Evreux, lycée de filles de Thonon-les-Bains, collège et lycée de Moûtiers ;

Bâtiments hospitaliers à Thonon-les-Bains, Lagny et Draveil ;

Édifices religieux à Annecy, Assy, Audincourt, Vongy, Grenoble, Viry-Châtillon, Saint-Gervais, Evreux et Monastère de la Visitation à Marclaz ;

Édifices culturels, de loisirs et de sports : pavillon de la musique de la source Cachat à Evian, théâtre de Pont-Audemer, maison des arts de Thonon, centre culturel intégré du Clos Bonlieu à Annecy, centre de la Grande Garenne à Angoulême, village olympique de Grenoble, centres nautiques de Thonon-les-Bains, de Divonne et d’Evian, palais des sports de Mégève,

Urbanisme et ensembles immobiliers à Paris (les Jardins de Chaillot) et en province.

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Septembre 1970, la fin des anciens bâtiments

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Souvenirs, souvenirs  !

Comme il se doit, le lycée a donné lieu à la commande d'un "1 % artistique" qui a été confié à Bernard Alleaume (1930 - 1998). Celui-ci a régulièrement travaillé sur ce type de projet avec Yvette Vincent-Alleaume. Dans leurs réalisations des années 70, on peut remarquer la création habituelle de structures pavées avec de nombreuses lignes courbes comme on le voit avec ces deux exemples à Maisons-Alfort et Orléans la Source.

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Le 1% artistique de Moûtiers appartenait bien à cette esthétique.
Une quarantaine d'années après sa création, la restructuration a sonné le glas pour ce 1% artistique. Autre temps, autre esthétique : si les ateliers Dujol ont gardé quelques courbes, l'univers minéral, typique des années 70, a fait place à un univers végétalisé. La juxtaposition des deux photographies résume bien le passage d'une époque à une autre.

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Futurs lauréats

Cette photographie nous montre de jeunes et sages collégiens de 1896. Le collège au 19ème siècle n’est pas mixte et les collèges sont essentiellement faits pour les garçons. On y reste longtemps car on y entre généralement dans la classe de Huitième (notre CM 1) et l’on en sort après avoir fait sa classe de Philosophie qui correspond à notre année de Terminale. Les élèves sont presque tous des internes. Comme le collège est aussi un « Petit-Séminaire », cela signifie que l’éducation religieuse y tient une place importante.

On remarque que les élèves portent un uniforme qui comprend un costume avec gilet et veste. Ils portent aussi une casquette sur laquelle figure un symbole important : des feuilles de laurier. Le laurier dans l’Antiquité était le symbole du vainqueur. Celui qui gagnait un concours était couvert d’une couronne de laurier. C’est la raison pour laquelle on appelle le vainqueur un lauréat (celui qui a reçu le laurier). Cela explique enfin pourquoi, depuis le 17 mars 1808, l’examen couronnant les études secondaires s’appelle le « baccalauréat », mot à la fin duquel nous retrouvons nos fameux lauriers du vainqueur.

Le lycée des Métiers et des Services en Montagne

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