Les Salines Royales

P1070837

P1070838

P1070807b

 

Inauguration du premier lutrin lors des Journées Européennes du Patrimoine 2014 (20 septembre)

Moûtiers, sur les routes du sel


L'histoire économique moûtiéraine doit également intégrer un élément original : pendant plusieurs siècles l'on a produit du sel à Moûtiers, et la cité s'est trouvée au point de départ d'un important commerce salin.
L'eau salée utilisée provenait de Salins. Le plus vieux document faisant mention des Salines de Moûtiers est de 1449. C'est surtout après 1560 que le duc Emmanuel-Philibert en fit un véritable établissement industriel.
Le franciscain Jacques Fodéré, dans sa Narration historique et topographique des convens de l'ordre saint François (Lyon, 1619) nous a laissé la description suivante de l'activité moûtiéraine (nous avons modernisé l'orthographe du texte) :
« Ce qui a été inventé de singulier et remarquable à Moûtiers de notre temps, est qu'il s'y fait du sel en la plaine qui est entre la Cité et la rivière de Doron ; au moyen d'une fontaine d'eau salée, qui a sa source au pied d'un rocher, environ une demi-lieue française loin de ladite ville, à un village qui je crois à cette occasion être nommé Salins. L'eau de cette fontaine est puisée par une grande roue, environnée et garnie de seaux et faite de la sorte qu'une femme, ou un enfant, cheminant doucement dans celle-ci, la fait virer et à mesure qu'elle va tournant et virant, les seilles se remplissent dans la fontaine et se vident en haut dans une auge, et de là, l'eau s'en va par canaux et larges galeries en ladite prairie dans lesquels l'eau entre, et va de l'une à l'autre de ces galeries, lesquelles sont garnies d'une grande quantité de claies de pailles suspendues contre lesquelles on jette ladite eau plusieurs fois le jour, avec des pelles creuses, afin que l'alun demeure pris et agglutiné contre la paille et après que l'eau est bien purifiée, elle s'en va depuis la dernière galerie tomber dans les chaudières où étant bien cuite, elle se convertit en sel aussi blanc que neige qui s'y fait si abondamment que tout le pays en est fourni et assez à vil prix. »
Outre une description précise du mécanisme, le texte est précieux pour nous dire la qualité et l'abondance de ce sel de Moûtiers.
À partir de 1730, sous la direction d'un ingénieur allemand, le baron de Beust, cinq bâtiments de graduation furent construits et, à proximité, cinq ateliers de cuite. Après la période de l'occupation espagnole (1742-1749), quatre ingénieurs, Castelli, Capellini, Rivaz et de Buttet, jouèrent un rôle essentiel pour le développement de l'établissement moûtiérain, tout en construisant une canalisation acheminant le surplus d'eau salée jusqu'à Conflans où fut installée une seconde saline. En 1765, la production a atteint 27554 quintaux (le quintal de Tarentaise équivaut à 37 kg), soit plus de 1000 tonnes.
Le territoire occupé par les Salines Royales était impressionnant puisqu'il allait de l'actuelle place des Victoires au confluent de l'Isère et du Doron, et, du nord vers le sud, de l'Isère à l'actuelle rue des Belleville ; un bâtiment avait également été construit à l'extrémité du faubourg de la Madeleine.
Parmi les ingénieurs cités, de Buttet mit au point un système ingénieux qui a permis d économiser le bois, jusqu'alors consommé en abondance dans les bâtiments de cuite où se trouvaient d'importantes chaudières. Le système de Buttet consista à élever l'eau au sommet de piliers dont il nous reste quelques survivants. L'eau était filtrée en passant au travers de fagots de branchages, et ensuite coulait très lentement le long de cordages, entraînant le phénomène bien connu de la cristallisation. On pouvait alors racler les cordes pour en extraire le sel.

Charles François de Buttet
Charles François de Buttet est né à Suse, mais d'une famille originaire de Bonneville (Haute-Savoie). II fut un scientifique et ingénieur aux talents rapidement reconnus. En effet, dès 1778, alors qu'il n'avait que vingt ans, il fit partie des premiers membres de l'Académie Royale des sciences de Turin. Ses recherches touchèrent à de nombreuses disciplines : artillerie, hydraulique, optique. En tous ces domaines il inventa et perfectionna des instruments.
Charles François de Buttet est mort à Aoste le 22 juin 1797.

Aujourd'hui le pont qui se trouve à l'extrémité du quartier des Salines porte son nom.

Plan simplifie en 1784

Plan simplifié des Salines en 1784


Ce sel était vendu à Moûtiers même, à l'intérieur de la halle grenette dans laquelle l'on trouvait le « banc du sel ». Mais il était surtout exporté, non seulement pour l'approvisionnement de la Savoie mais également en direction de la Suisse.
La voiture des sels de Tarentaise quittait donc Moûtiers pour desservir les relais de l'Hôpital (Albertville), Ugine, Faverges, Annecy, Le Plot, Arbusigny, Mornex et Bellerive. De l'Hôpital, une équipe allait à Sallanches, via Flumet, et, d'Annecy, une autre se dirigeait sur Bonneville.
Le service était assuré par des entrepreneurs établis dans chaque relais, qui souscrivaient un acte de soumission devant l'intendant. Un cahier des charges sévère réglait les conditions du transport. Il astreignait notamment les adjudicataires à voiturer le sel à leurs risques et périls pendant trois années consécutives, avec le concours d'employés fidèles et honnêtes.
L'entretien des routes parcourues par la voiture du sel était l'objet d'une attention spéciale. L'entrepreneur avait le droit de requérir les particuliers non seulement pour réparer les chemins, mais pour faire les transports sous ses ordres, et si ces prestataires manquaient d'empressement, la menace ne tardait guère comme le montre ce texte : « Les individus ci-après nommés, quoique obligés de voiturer pour le compte du Sieur Prévost, adjudicataire de la voiture des sels de Tarentaise, la quantité de balles de sel respectivement assignée à chacun d'eux depuis l'entrepôt de cette ville [Annecy] jusqu'à celui de Cruseilles, n'ayant pas satisfait à leurs obligations, il leur est enjoint de transporter au plus tôt - et au pis aller dans le délai de dix jours - les balles en question, à défaut de quoi ils y seront contraints par envoi de brigade et exécution militaire. 6 juillet 1751.»
Au XIXe siècle, les salines restent la plus grosse entreprise moûtiéraine en employant 100 à 120 personnes, dont 25 à « gages fixes », sous le contrôle d'un directeur et d'un inspecteur général.
La Savoie devenue française, les salines moûtiéraines subirent la concurrence des Salines du Midi, et la production fut arrêtée en 1866, entraînant la ruine des bâtiments. Il ne reste aujourd'hui que quelques piliers, témoins de cette industrie séculaire.

J.P Bergeri - Histoire de Moûtiers

 

Vers 1870

 

Le site après sa fermeture (Photographie prise vers 1870)

Une très intéressante conférence de Monique Ghérardini (12 juin 2002 - Académie de la Val d'Isère) qui évoque un projet de reconversion du territoire des Salines Royales après la fermeture de celles-ci en 1866.

Projet de reconversion pour les salinesProjet de reconversion pour les Salines (117.8 Ko)

 

Le quartier des Salines à la fin du 19ème siècle :

File0590b

 

Le quartier des Salines au début du 20ème siècle :

702 001

Antoine en pied

Le coin des enfants

 

Sel, Salins, Salines …

Où trouve-t-on le sel ?

-         Soit le sel provient de mines ou de carrières creusées dans des gisements, c’est le sel gemme.

-         Soit on le récolte dans les marais salants, c’est le sel de mer.

-         Soit le sel provient de sources souterraines avec une eau extrêmement chargée en sel parce qu’elle a traversé des sols riches en sel gemme.

C’était le cas d’une source qui était captée à Salins-les-Thermes, une commune voisine de Moûtiers. C’est cette source riche en sel qui a donné son nom à cette commune.

L’exploitation du sel demandant de la place, l’eau était amenée depuis Salins-les-Thermes jusqu’à Moûtiers où existait une saline. Là on obtenait le sel soit en chauffant l’eau dans de grosses chaudières (l’eau s’évapore et il reste le sel), soit en faisant ruisseler l’eau le long de cordes. Le sel se dépose alors sur les cordes que l’on peut racler.