20 Mars - Printemps

N'aurai-je dit - Betty ! - Qu'embaume d'enfants nobles

(Un cercle d'or dans mes cheveux de fils d'Édouard)

Les fleurs de Kate Greenaway - plaquant ses notes

Claires au park imbu d'ombres et de brouillard.

 

(Contempteur des parfums destinés aux synodes,

Mon coeur simple, jouet des encens et du nard,

Accepte ! comme Dieu les haleines des nonnes.

La senteur des bras frais et sincères d'Agar !)

 

Et, servant généreux se flattant Prométhée,

L'évocateur s'est cru damné d'éther ...

Par vos discrétions douces de rose-thé

 

Atténuez l'élan trop grave du grand lis :

Mais ces sobres pollens qui chantent le mystère ...

- Ô Seigneur, éloignez de moi tous ces calices ! ...

 

Henry Jean-Marie Levet

Le Pavillon - II.Printemps

P1220219 copie

Par vos discrétions douces de rose-thé

Portrait dhenry jean marie levet 01d novembre 1902 fonds valery larbaud

" Henry Jean-Marie Levet est né à Montbrison en 1874. Issu d'une famille de politiciens, il arrive à Paris en 1895 où il vit une jeunesse de dandy extraverti et fréquente assidument les bars de nuit parisiens avec Léon-Paul Fargue. Il s'oriente vers une carrière de diplomate qui lui permet de satisfaire son rêve de voyages et de transatlantiques, lui l'amoureux des atlas et des cartes de géographie. À partir de 1897, il séjourne en Inde, en Indochine, aux Philippines et aux Canaries en tant que vice-consul, et finit par assumer la gérance de la Chancellerie de Las Palmas. Ses poèmes et chroniques paraissent dans plusieurs journaux et revues (Le courrier français, La Plume, La Vogue). Atteint de phtisie, Levet meurt à Menton le 14 décembre 1906. Léon-Paul Fargue et Valéry Larbaud réunissent les poèmes complets de l'auteur, contenant les Cartes postales, dans l'édition confiée à Adrienne Monnier en 1921. De son ami, Fargue disait qu'il aimait les déguisements, la froideur, le flegme et la tendresse. Sa poésie est à son image, désinvolte et insolente, cosmopolite et vagabonde, regardant avec une ironie lucide un monde en train de disparaître sous sa propre nostalgie."