Rémi REIGNIER

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" Depuis les années 90, je me suis orienté vers l’art primitif, et c’est à travers l’utilisation de signes issus de cultures archaïques, d’Afrique ou d’Océanie, que je construis mon travail pictural. La matière de mes œuvres élaborée essentiellement à partir d’empreintes est mémoire du temps de la peinture. Elle garde les traces des repentirs, des écarts issus de la pratique de l’aléatoire. Je fais coexister, par superposition, stratification, et à travers le jeu des transparences, un vocabulaire archétypal , enfoui dans l’inconscient collectif , et une « écriture » plastique faite de rythmes et d’échos de formes et de couleurs."

Rémi Reignier, né en 1951 à Toulon, agrégé d’Arts Plastiques ; Vit et travaille en Tarentaise depuis 1975.

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Il n'y a pas de hasard fortuit

Il dit qu'il fait confiance au hasard. Mais le hasard est comme le bonheur : pour espérer en profiter, encore faut-il le cultiver. Rémi REIGNIER ne laisse rien… au hasard, afin que le hasard ait lieu. Ce provençal converti aux charmes de la Tarentaise a mis au point un vocabulaire plastique, dont il exploite progressivement (mais aléatoirement, donc) toutes les potentialités. Ce vocabulaire, presque un alphabet (l'artiste parle " d'écriture "), propose une série limitée de signes picturaux -vagues, spirales, rouelles, " pattes d'oiseaux ", etc. -qui, comme dans un langage, se combinent et s'articulent, au point d'occuper progressivement l'intégralité de la surface du tableau. A partir de ces éléments récurrents (dont le retour, selon Rémi REIGNIER, participe d'une sorte de rituel), s'organise un rythme visuel, qui tient à la fois de la répétition, de la variation et de l'alternance. Bien loin de confiner ces motifs décoratifs aux " marges " du tableau (où on les charge souvent de masquer une faiblesse : combler un " trou ", " meubler " un espace vacant…), l'artiste en fait le sujet même de sa peinture, suivant cela l'exemple magistral de Bonnard ou de Matisse. Cette profusion et cette volubilité pourraient conduire à la surcharge, voire à la confusion. Mais l'œil saisit ici une indéniable cohérence plastique qui a souvent recours à une organisation en étagements horizontaux où en grande verticales, ménageant des ruptures, des failles, des lignes de cassures ainsi qu'une manière savante de tirer parti des opportunités qui se présentent au cours de la réalisation de l'œuvre. Si bien que ce qui aurait pu sembler un désordre s'impose en définitive comme une harmonie. Il ne s'agit évidemment pas d'être chaotique, mais baroque…

La technique picturale elle-même (peinture à tempéra provoquant la " diffusion " des couleurs dans la toile, leur aspect fondu) participe à cette déstructuration. D'autres indices encore nous mettent sur la voie (notamment ces coups de peignes dans les empâtements, rappelant le thème traditionnel des cordes de guitares) : a l'évidence, il y à des réminiscences cubistes chez Rémi REIGNIER, qui postule qu'il faut s'en remettre au hasard, mais qu'il n'est guère de hasard fortuit.

Jean Louis Roux Les affiches de Grenoble - 07/2000

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