La "Tarentaise" ligure

Le peuplement des Alpes s’est fait avec deux mouvements privilégiés : d’est (Europe centrale) en ouest et du sud (Méditerranée) vers le nord. Les Ligures et les Celtes (en particulier Allobroges) sont les deux groupes principaux. Les Ligures sont les premiers arrivés sans doute dès la révolution néolithique ; les Celtes sont caractéristiques de l'âge du fer. L’arrivée des Celtes entraîne l’installation de ceux-ci dans les plaines (les futures Genève, Vienne et Grenoble sont des cités Allobroges) et donc cantonne les Ligures dans les hautes vallées, il faut cependant nuancer : certaines vallées, par exemple la Tarentaise, deviennent celto-ligures. Les Ligures de Tarentaise, Haut-Val d'Aoste, Beaufortain, Val d'Arly et Valmonjoie sont les Ceutrons.

Village

Les Ligures vus par Diodore de Sicile

“Après avoir discouru sur tout ce qui concerne les Calâtes, les Celtibères et les Ibères, nous passerons aux Ligyes [Ligures]. Ces peuples cultivent un sol âpre et tout à fait misérable ; c'est dans les labeurs, dans le mal qu'ils se donnent continuellement pour faire cette besogne, qu'ils mènent une sorte de vie laborieuse et infortunée. Comme leur territoire est couvert d'arbres, les uns coupent du bois, armés tout le jour de puissantes et lourdes haches de fer ; les autres, ceux qui travaillent la terre, sont le plus souvent occupés à casser les cailloux de ce sol rocailleux à l'excès ; leurs outils, en effet, n'y soulèvent pas une glèbe qui soit sans pierre. Et c'est en se donnant tout ce mal en ces ouvrages que par d'habituels efforts ils surmontent la nature, et pour prix de longues fatigues recueillent à grand-peine quelques fruits. Grâce à la continuité de ces exercices et au défaut de nourriture, ils sont grêles de corps, mais robustes. En se donnant tout ce mal, ils ont pour compagnons de leurs travaux leurs femmes, habituées à faire autant d'ouvrage que les hommes. Ils sont continuellement en chasse et c'est en prenant ainsi beaucoup de bêtes sauvages qu'ils suppléent à ce qui leur manque du côté des fruits. Vivant dans les montagnes et au milieu des neiges, accoutumés à franchir parmi ces montagnes des obstacles incroyables, ils y deviennent robustes et musculeux de corps. Quelques-uns, en raison de ce que les fruits manquent chez eux, boivent de l'eau, mangent la chair des animaux domestiques ou sauvages et se repaissent des légumes que produit ce pays, pauvre pays resté inaccessible aux plus aimables des dieux, Déméter et Dionysos. Ils passent la nuit à la place [où ils se trouvent], rarement dans des espèces de chétives baraques ou huttes en bois, le plus souvent dans le creux des rochers et dans des cavernes naturelles qui peuvent leur offrir un abri suffisant. Conséquemment à ces habitudes, dans le reste de leur vie, ils conservent leurs mœurs primitives et sans apprêt.”